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Naissance d’une école de santé dans le désert

 

Il y a plus de 40 ans se sont ouverts les campements de réfugiés Sahraouis (article proposé par Monique BARON)

Depuis toutes ces années, nous sommes les témoins de la lutte du peuple sahraoui pour défendre son existence et ses droits aux regards du monde. Nous sommes nombreux à avoir assisté à leurs efforts, leurs réussites pour organiser, structurer leur république et en faire un État jusqu’à ce jour en exil. Depuis le début, les responsables Sahraouis ont mobilisé la plus grande partie de leur énergie en direction de la santé de leurs concitoyens et l’éducation de leurs enfants. Tout de suite, les écoles, les dispensaires et les hôpitaux ont été construits. Ce sont les femmes, même très jeunes, qui ont pris en charge l’éducation des enfants et la santé des réfugiés, sans aucune formation particulière.

Début 1994, sur le conseil de Colette BLAIS (bénévole très engagé), Carol NARBEY, alors responsable des programmes d’aide au peuple Sahraoui à Enfants Réfugiés du Monde Paris, m’a contactée afin que je participe à la mise en place d’une école de formation en infirmerie dans les campements de réfugiés à la demande des autorités sahraouies.

Il devenait urgent de former des personnels de santé. Une première promotion avait déjà été accueillie en 1992 mais une aide supplémentaire devenait nécessaire pour plus d’efficacité. Il était question de structurer en profondeur une vraie formation professionnelle qualifiante. Avec la collaboration d’une sage-femme et d’une infirmière française et l’équipe enseignante sahraouie (le directeur et 2 infirmiers), nous avons élaboré tous les programmes et envisagé les moyens nécessaires pour aboutir à une formation d’infirmier au niveau professionnel de n’importe quel pays.

Notre base de réflexion était le programme des études françaises mais en l’adaptant à la réalité sahraouie en matière de santé. Il a été décidé d’une formation s’étalant sur 3 années à temps complet avec des temps d’enseignement théorique et pratique, des périodes de stage, d’un système d’évaluation continue et des épreuves spécifiques, à la fin des 3 années, pour l’obtention du diplôme d’Etat ; un diplôme d’infirmier de l’Etat Sahraoui.

Une promotion de 14 étudiants, entrée en 1995 a obtenu son diplôme d’état infirmier en mai 1998. Ce fut le premier diplôme d’état professionnel de la RASD. Depuis 2003, il en existe un deuxième : le diplôme d’état de sage-femme. Toujours à la demande des autorités sahraouies de santé, une nouvelle formation a débuté en septembre 2012. Elle s’adresse aux infirmières diplômées pour leur permettre de se spécialiser en puériculture.

Depuis ce mois de mai 1998, 194 jeunes sahraouis sont sortis diplômés infirmiers de l’école et depuis 2003, 31 sages-femmes ont été qualifiées. Cette école favorise le présent mais surtout participe à la construction de la RASD et espérons-le à son futur.

Objectifs de l’école de santé
– Suivi du financement et du fonctionnement de l’école d’infirmières. Programme financé par le Haut Commissariat aux Réfugiés
– Mise en place du programme de formation pédagogique des enseignants et suivi du cursus des élèves

– Formation spécialisée en gynéco-obstétrique sanctionnée par un diplôme de sage-femme

Un défi permanent !
A l’ouverture de l’école d’infirmiers en 1992, Musa le directeur, accompagné de 2 infirmiers Metou et Souleymane, accueille 7 élèves. Tous les trois prennent en charge la formation de ces étudiants en appliquant le programme cubain, seule référence académique dans les camps. Dans le même temps, 2 infirmières d’ERM Pdl accompagnent la petite équipe d’enseignants sur le plan pédagogique.

Un grand débat agite le Ministère : Dans quel langue l’enseignement doit-il être dispensé? Arabe ou Espagnol ?
C’est en Septembre 1994 que se structure l’école d’infirmiers et qu’une sélection de candidats est organisée sous l’égide du Ministère de la Santé dans les hôpitaux des cinq campements par une chaleur torride.

L’objectif est de retenir ceux et celles qui ont plus de 18 ans une réelle motivation professionnelle et un niveau minima de fin de secondaire avec une compréhension de l’espagnol. Vingt-cinq candidats sont retenus.
Lors de cette première année scolaire, la différence de niveau des étudiants pose question. L’efficacité est recherchée en partageant cette promotion en 3 groupes :
– Le groupe A avec les étudiants hispanophones, d’un niveau scolaire reconnu, ne nécessitant pas un renforcement particulier en espagnol.
– Le groupe B avec les étudiants ayant plus de difficultés justifiant des cours de soutien en espagnol.
– Le groupe C avec les étudiants ayant peu de maîtrise de l’espagnol mais avec une expérience dans les structures sanitaires qui eux allaient recevoir un apprentissage intensif en espagnol.

Cette même année, la construction d’un cursus de 3 ans de formation d’infirmiers, adapté au contexte sanitaire et aux pathologies des camps s’avère obligatoire. Le docteur Abdelkader, directeur médical au ministère, le directeur de l’école, les enseignants et ERM Pdl travailleront avec acharnement pour que ce programme Sahraoui voit le jour. Au fil des ans, le contenu des trois années d formation s’affine.
Le nombre d’enseignants passe de 4 à 10. Chacun d’entre eux se partage les spécialités pratiques et théoriques. Leurs réflexions pédagogiques évoluent.

Évoquons en quelques mots les épreuves très particulières du 1er Diplôme en 1998. Symboliquement les Sahraouis remettront à tous les élèves leur diplôme en territoire libéré dans la région militaire de Tifariti.
De cette première promotion, je me souviens d’étudiants accrocheurs, motivés qui ont obtenu de bons résultats à la fin  de leurs trois années de formation.

De très bons professionnels de ce groupe ont pris plus tard des responsabilités importantes comme Yeslem qui a été un enseignant compétent à l’école avant de rejoindre le Ministère de la Santé directeur des soins infirmiers.
Arrêtons-nous sur la période des examens de fin d’année et principalement du diplôme d’Etat à laquelle Colette Blais et moi-même participons depuis les débuts de l’école.
Le mois de Mai est une période d’effervescence où se comptabilisent, quelquefois douloureusement, l’écart entre les résultats espérés et les résultats obtenus.
Cela provoque toujours une grande réunion pendant laquelle tous les événements de l’année sont évoqués, les positifs comme les négatifs et des résolutions d’amélioration sont arrêtées pour la prochaine rentrée.

Une collaboration très étroite : chaque année ERM Pdl assure 3 missions et s’implique auprès des professeurs dans les différentes actions pédagogiques. A chaque mission nous définissons ensemble les épreuves théoriques et pratiques, avec une grille de notation commune. L’ensemble des épreuves se déroulent en binôme (ERM Pdl/professeur Sahraoui). Les réunions permettent de mener une réflexion commune, d’élaborer une stratégie face aux problèmes rencontrés et de répondre aux attentes de chacun.

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